L’initiative populaire AVSplus ou l’art de torpiller notre système de retraites

24 Mai

Guy Parmelin, conseiller ­national UDC ⁄ VD

Augmentation linéaire de 10% de toutes les rentes AVS, coûts supplémentaires de 3,6 milliards de francs par an, soit l’équivalent de 1,1% de hausse des cotisations salariales, voilà les contours du missile que l’Union syndicale suisse (USS) vient de lancer en vue de torpiller le système suisse des trois piliers.

Car il ne faut pas s’y tromper : l’objectif est bien à terme d’affaiblir voire de tuer le 2e pilier au profit du 1er pilier et donc de déséquilibrer tout l’édifice des retraites qui a fait jusqu’ici la force de notre pays et dont la population suisse est fière à juste titre. Alors que ce système, qui a permis de diminuer drastiquement la pauvreté chez les personnes âgées, doit impérativement être réformé, afin de l’adapter aux défis colossaux que sont l’évolution démographique et les rendements financiers insuffisants, pour assurer les prestations prévues au moment de la retraite, on aurait pu attendre d’une grande centrale syndicale une approche pragmatique des problèmes identifiés en lieu et place d’une initiative qui se résume à promettre la lune, sans se préoccuper des conséquences collatérales catastrophiques qu’elle entraînerait à différents niveaux.

Car pour financer le coût pharaonique de ce projet, c’est le brouillard absolu. Puisque les auteurs de l’initiative en­visagent en vrac un éventuel impôt fédéral sur les successions, les recettes intégrales de l’impôt sur le tabac, voire une hausse des cotisations salariales. Toutes les mesures évoquées souffrent de tares rédhibitoires, indépendamment du fait que l’objectif prioritaire de ces prochaines années sera de maintenir le niveau des prestations servies.Une récente étude de l’Université de St-Gall en a chiffré les coûts à 110 milliards de francs d’ici 2030, répartis environ pour moitié à charge de l’AVS et l’autre pour  le 2e pilier ! Dans ces circonstances, prévoir une extension des prestations, ainsi que le propose l’USS, tient donc au mieux à la fois de la provocation tactique ou de l’inconscience et au pire de l’irresponsabilité.

Les sources de financement évoquées sont d’ailleurs pour le moins étonnantes : en gros, on capte des moyens financiers existants, qui sont transférés à l’AVS. Mais on se garde bien de dire que, faute de les remplacer, ce sont d’autres prestations qui devront être supprimées. Ou alors il faudra faire passer entreprises et contribuables à la caisse. C’est le fameux adage biblique « après moi le déluge » !

Rien que l’impôt fédéral sur les successions, qui fait l’objet d’une autre initiative populaire en cours de traitement, est plus qu’incertain. Premièrement il est actuellement de la compétence cantonale et dans son essence même, ce n’est pas une source de revenu régulière. En outre, il a été supprimé dans certains cantons, tout ou en partie, et le réintroduire sur le plan fédéral équivaudrait à augmenter la pression fiscale. Enfin, cumulé à l’impôt cantonal sur la fortune, cette nouvelle ponction fiscale fédérale poserait des problèmes énormes aux PME en matière de transfert d’entreprise lors de la succession.

Affecter l’impôt sur le tabac directement à l’AVS et non plus à la caisse fédérale impliquerait un abandon de certaines dépenses de la Confédération dans d’autres domaines. Car on voit mal la population accepter une hausse de l’impôt fédéral direct ou de la TVA qui remplacerait les recettes perdues. L’USS se garde donc bien de citer les secteurs dans lesquels il s’agira de couper. Il est vrai que lorsqu’il faudra imaginer un nouveau train de mesures d’économies visant des secteurs-clés de l’Etat central, tels la formation ou les infrastructures de transports publics, l’USS sera la première à protester vigoureusement.

Quant à augmenter les cotisations salariales, il faut l’oublier rapidement. Cela renchérirait considérablement le coût du travail, affaiblirait la compétitivité de nos entreprises, tout spécialement celles tournées vers l’exportation, dans un contexte déjà extrêmement difficile : des milliers de postes de travail pourraient ainsi disparaître en Suisse au profit de pays subitement devenus plus attractifs. En outre, cela aurait un effet désastreux sur le pouvoir d’achat des habitants, qui se répercuterait sur la consommation intérieure du pays. Comme autogoal, on ne peut décidément pas faire mieux.

L’USS serait bien plus inspirée, plutôt que de bercer d’illusions ses adhérents et les habitants de ce pays, de commencer à travailler sérieusement à maintenir à flot un système des trois piliers qui a fait les preuves de son efficacité. Mais qui doit impérativement s’adapter aux nouvelles donnes que sont la prolongation de la durée de vie dès l’âge de la retraite et la faiblesse persistante des rendements sur les marchés financiers.

A force de vouloir jouer à l’autruche, il arrive un moment où, avec la tête dans le sable, on risque tout simplement l’asphyxie. J’invite donc l’USS ainsi que ses relais politiques roses-verts, à respirer avant qu’il ne soit trop tard et que la santé de leurs membres ne soit irrémédiablement altérée.

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