L’arbre cache la forêt

30 Mai

Henrique Schneider, Responsable du dossier « Politique économique » à l’usam

Nous nous cachons derrière les arbres, en ignorant toutefois dans quelle forêt nous sommes. C’est ainsi que l’on peut très succinctement décrire la politique de la place financière suisse. D’ailleurs, il est déjà faux d’utiliser ce terme. En réalité, il s’agit de la place économique suisse et de la position que les PME y occupent. Mais n’allons pas trop vite: nous devons d’abord découvrir dans quelle forêt nous nous trouvons.

Ce n’est ni un secret ni une révélation : la Suisse est sur la défensive. Qu’il s’agisse de l’interdiction de l’argent cash ou de l’échange automatique d’informations, elle s’accommode facilement de ces règles financières et de bien d’autres encore et essaie seulement d’influencer les détails. On se dit probablement que le pire a pu être évité en se réfugiant derrière l’arbre. Mais l’objectif devrait être de sortir du bois. Ce qui présuppose toutefois qu’on le connaisse. Certes, le Conseil fédéral essaie sans cesse de concocter des stratégies pour la place financière. Celles-ci sont souvent, et avec raison, critiquées comme étant globales, contradictoires ou défavorables – notamment pour les PME. On se demande cependant rarement à quels problèmes ces stratégies sont censées apporter une solution.

De quoi s’agit-il en réalité ? Que la place financière suisse soit attaquée n’est pas la question, c’est un fait. La vraie question est pourquoi elle est attaquée. Lorsque de nombreux et puissants pays s’endettent, ils ont besoin d’argent pour gérer leurs engagements. Ces pays font entrer l’argent nécessaire par les impôts. Mais lorsqu’ils s’aperçoivent que leurs contribuables cherchent des alternatives, des lieux où la charge fiscale est moindre, ces pays tentent de les combattre.

Concrètement, la pression internationale ne vise pas en soi à supprimer la place financière suisse mais bien la concurrence fiscale. Il ne s’agit pas d’argent au noir, de protection des clients, voire de prévention de la criminalité. Ces arguments ne sont que les instruments d’une attaque massive contre les pays internationalement attractifs à cause d’impôts particulièrement bas. Et parce que les Etats endettés regroupés sont plus forts, ils utilisent les institutions internationales telles que l’OCDE comme cartel régulateur. Résultat : la place financière suisse étant sous pression, notre pays perd de son attractivité en comparaison internationale. Mais cela se répercute également sur notre population et nos PME. A moyen terme, la pression étrangère s’exerce aussi pour que la concurrence fiscale entre les cantons soit refrénée et la TVA augmentée. C’est cela la forêt dans laquelle nous nous trouvons.

Ce n’est qu’en connaissant la forêt que nous pourrons trouver une voie de sortie. Et celle-ci ne consiste pas à se cacher derrière les différents arbres de la place financière. La sortie passe par un positionnement réfléchi d’un pays fiscalement stable face à une ­économie  nord atlantique fortement endettée. Cette voie nécessite cependant aussi une ferme volonté et beaucoup de ténacité et de rigueur.

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